Archives pour la catégorie mes années 60-70

Années 60-70: « Paradis » et « Enfer »- épisode 4

Un « Paradis » qui n’est pas celui de Dante car il inclut une partie de son « Enfer »

Ce « paradis perdu » des années 60-70 évoqué avec nostalgie dans mes trois articles précédents est un « paradis » personnel que je porte au fond de ma mémoire: en revanche, ce fut un enfer pour une grande partie du monde.

Le martyr des peuples: pays de l’Est, Viet Nam

Ces décennies étaient celles d’un monde que les deux grands « blocs » (le soviétique et l’américain) se disputaient âprement: 1961 vit l’édification du mur de Berlin par la RDA qui le dénomma officiellement « mur de protection antifasciste » (il fut apparemment efficace puisqu’aucune « horde noire ou brune » ne chercha à pénétrer dans le « paradis communiste« ) alors que pour le « monde libre » il était « le mur de la honte » dont la chute se produisit en 1989 précédant celle de l’empire soviétique. Août 1968 connut l’écrasement du « Printemps de Prague«  par les chars du pacte de Varsovie (après Budapest en novembre 1956).

L’affontement des « blocs » martyrise aussi la population vietnamienne: on pouvait penser que les accords de Genève (juillet 1954) qui mirent fin à « notre guerre d’Indochine » (1946-1954) allaient déboucher sur la paix. Mais le Viet Cong (appuyé par l’armée régulière du Nord Viet Nam) ouvre les hostilités et les Etats- Unis prennent la relève de la France de 1955 à 1973 (chute de Saïgon). L’opinion et ceux qui la font avaient salué la « victoire du peuple vietnamien » ; ils découvrirent ensuite, ahuris, la tragédie des dizaines de milliers de « boat people » qui tentaient de fuir leurs « libérateurs » et les mêmes « grandes consciences » lancèrent de grands appels humanitaires. Elles allaient récidiver avec le Cambodge, acclamant la victoire des « Khmers rouges » de Pol Pot en 1975; puis  ces « élites éclairées et progressistes » furent effarées par l’éradication de 20% de la population ordonnée par leur « grand ami de la démocratie« ; c’est l’armée communiste vietnamienne qui mettra un terme à cette frénésie exterminatrice en 1979. On ne peut être surpris par la sympathie initiale soulevée par Pol Pot dans les milieux  intellectuels « progressistes » français puisque lui et nombre de ses compagnons avaient étudié en France, y avaient découvert les « grandeurs émancipatrices » (au besoin avec l’aide de la guillotine et des « colonnes infernales« ) de la Grande Révolution française en même temps qu’ils s’abreuvaient à la source marxiste- léniniste (certains adhérant même au PCF), suivant l’exemple de leur aîné vietnamien Hô Chi Minh

La Une du quotidien « Libération » du 18 avril 1975, lendemain de l’entrée des Khmers rouges à Phnom Penh…Quand l’idéologie fabrique l’information.

Libe%u0301, 18 avril 1975

D’autres journaux comme « l’Humanité » ou « Le Monde » n’étaient pas en reste. Le 18 juillet 1975, alors qu’on parle déjà de massacres, Jacques Ducornoy n’hésite pas à écrire dans « Le Monde« :  « Ce peuple est à l’ouvrage jour et nuit, si l’on en croit Radio-Phnom-Pen – qu’il n’y a aucune raison de ne pas croire en ce domaine – tout le monde vit de la même façon, transporte, pioche, reconstruit, repique, ensemence, récolte, irrigue, depuis les enfants jusqu’aux vieillards. L’allégresse révolutionnaire a, parait-il, transformé le paysage humain…« -Pour en savoir plus cliquez sur le lien:

http://www.ichtus.fr/le-monde-auxiliaire-du-communisme/ 

 

Accords d’Evian- 18 mars 1962: Vae victis

1962 voit la fin officielle de la guerre d’Algérie (1954- 1962) scellée par les accords d’Evian du « fameux » 18 mars 1962 « célébré » par une multitude d’inaugurations de places et de rues et par les commémorations de la F.N.A.C.A. * . Cette ferveur « émeut« , pourtant il faut savoir qu’à peine signés, ces accords furent violés par le FLN algérien qui multiplia les enlèvements et les massacres de civils européens et musulmans soupçonnés de rester fidèle à la France (comme à Oran le 5 juillet 1962 où les atrocités commises n’eurent rien à envier à celles de l’Etat Islamique en 2015). Le tout dans le silence complice de l’Etat français et de son chef, des politiques et de la presse dans leur quasi totalité, mais aussi dans l’indifférence quasi générale de l’opinion, certes captive de la propagande, mais surtout soulagée du « fardeau » algérien: Vae victis !(« malheur aux vaincus » s’écriait déjà en 390 av J-C le chef gaulois Brennos durant le sac de Rome).

Ironie cruelle de l’Histoire ou comment un même homme d’exception, Charles de Gaulle, insuffla l’espoir d’un grand destin à tout un peuple (européens et musulmans d’Algérie), soulevant un fol enthousiasme, avant de plonger quatre ans européens et musulmans fidèles à la France dans l’abîme du désespoir et la tragédie sanglante…

Discours de de Gaulle à Alger (4 juin 1958)Doc. archives de l’INA- « Je vous ai compris! »

*Fédération Nationale des Anciens Combattants d’Algérie, Maroc et Tunisie- longtemps proche du Parti Communiste Français

L’opinion dominante est toujours hémiplégique

Ces exemples suffisent à montrer, si besoin était, que l’opinion générale façonnée par les médias dominants et le pouvoir ne perçoit qu’une moitié des faits.

Du « roman national »…

Cette moitié peut être celle d’un « roman national« : celui élaboré par exemple par la IIIème République pour asseoir sa légitimité et former « l’homme nouveau« , le citoyen né comme la France de la Révolution; il convient dans ce cas de noircir le tableau de l’Ancien Régime, de célébrer les « Lumières » en leur opposant « l’obscurantisme » et le « fanatisme » de la religion catholique, de parler simplement de « guerres de Vendée » expression qui passe commodément à la trappe ce que l’historien, vilipendé par les « gardiens de l’histoire officielle« , Reynald Secher qualifie de « génocide vendéen » doublé d’un « mémoricide » puisque cette réalité n’est encore admise qu’à la marge. On fait pourtant grief à la Turquie de M. Erdogan qui s’obstine à parler de « guerre civile ayant provoqué des massacres des deux côtés » pour ne pas reconnaître la vérité du génocide de plus d’1,2 million d’arméniens principalement en 1915- 1916 (pas seulement arménien mais aussi assyro-chaldéens, grecs orthodoxes, Yézidis: on voit  que certaines tendances lourdes de l’histoire perdurent dans cet Orient douloureux). Précisons au passage que si les « Jeunes- Turcs » alors au pouvoir ont attisé le fanatisme religieux populaire, eux- mêmes étaient certes musulmans  mais avant tout des nationalistes influencés par le monde occidental (nationalisme teinté de « panturquisme », modernité technique et militaire, positivisme, Révolution française et franc- maçonnerie).

…à l’ « anti- roman national »

Mais cette moitié peut-être de façon paradoxale une sorte d’ « anti-roman national« , comme c’ est le cas aujourd’hui en France. L‘histoire officielle met en scène les « heures sombres » : le « fanatisme religieux catholique » des bûchers de l’Inquisition, des Croisades, de la Saint- Barthélémy, des dragonnades sous Louis XIV, de l’affaire Calas à l’époque de Voltaire; la traite négrière et l’esclavage; les « méfaits » de la colonisation (pourtant c’est sous la IIIème République de Jules Ferry que la France devint un Empire colonial); « Vichy, la collaboration et sa complicité dans la Shoah« ; les guerres coloniales et la « torture » (or, de 54 à 58 ce sont des hommes de gauche, Pierre Mendès France, Guy Mollet, qui sont au pouvoir, François Mitterrand fut ministre de l’Intérieur puis Garde des Sceaux). En revanche, d’autres « heures sombres« (« génocide vendéen« , massacres après la signature des Accords d’Evian…) ne figurent pas au tableau car non politiquement correctes: il y a toujours les « bonnes » victimes et les autres.

Cet « anti-roman national » constitue à l’évidence une autre forme d’hémiplégie, mais destructrice du tissu national: quelle image les jeunes Français peuvent- ils se construire de leur pays? sans parler des jeunes Français d’origine étrangère qu’on invite à se reconnaître dans un pays aussi « barbare » dont le destin se réduit à battre sa coulpe face à l’univers, à s’autoflageller en permanence dans un incessant exercice de repentance! Que transmettre alors d’une France âgée de plus de 1500 ans (498-Baptême de Clovis) mais qu’on fait naître en 1789 avec « l’esprit des Lumières« , « les droits de l’homme » et « les valeurs de la République« , formules incantatoires rabâchées à longueur de harangues et d’éditoriaux?

Années 60-70: mon « paradis perdu »- Episode 3

mon paradis perdu

L’âge d’or de la BD franco- belge

On a du mal à imaginer un tel chaudron magique bouillonnant et débordant de talents. Nous ne manquions pas une livraison.

« Pilote » (éditions Dargaud)

René Goscinny, l’homme- orchestre associé à Uderzo (Astérix), Morris (Lucky Luke), Tabary (Iznogoud), Gotlib (Dingo dossiers); un personnage hors du commun avec qui j’ai eu le privilège de partager un déjeuner en compagnie de Tabary, il égrena des anecdotes amusantes, évoqua ses années de vaches maigres à New- York avec pittoresque et il répondit à mes questions innombrables avec affabilité, réussissant à faire fondre ma timidité; la cuisine savoureuse et les vins choisis couronnèrent ce moment inoubliable pour moi. « Pilote » réunissait Greg (Achille Talon « cerveau- choc« , sorte de Joseph Prudhomme(1) enroulant les volutes de son emphase tarabiscotée), Cabu (le Grand Duduche,  ado dégingandé  un peu niais), le tandem Giraud/ Charlier (Fort Navajo et plus tard Blueberry )…

paradis perdu

(1) Joseph Prudhomme, personnage créé par Henry Monnier en 1830. Type même du bourgeois replet, imbu de sa condition, dont les discours sentencieux charrient des métaphores grotesques:  « Le Char de l’Etat navigue sur un volcan« . 

paradis perdu

« Le journal de Tintin » (éditions du Lombard)

 

temple des maîtres de la « ligne claire« : Hergé bien sûr, Edgar P. Jacobs (les so british Blake et Mortimer) et pour un bout de chemin Jacques Martin (Alix, remarquable restitution du monde gallo- romain avec un souci du détail authentique); on ne saurait oublier Dupa et son Cubitus (ah! La vision de Sémaphore, le « maître », accroché au guidon de sa vieille moto pétaradante, son chien Cubitus calé dans le side- car, tous deux casqués et lunettés comme les pionniers de l’aviation).

« le journal de Spirou » (éditions Dupuis)

paradis perdu

dans lequel oeuvraient l’immense Franquin (Gaston Lagaffe hissant la paresse au niveau d’un art de vivre, bricoleur aux inventions génialement catastrophiques; Spirou courant les aventures, dans son invraissemblable uniforme rouge de groom, en compagnie du colérique Fantasio, le Marsupilami), Peyo (Johan et Pirlouit, les Schtroumpfs, Benoît Brisefer)… J’aimais aussi les « mini-récits » parus entre 1959 et 1975( on confectionnait des mini albums de BD, il fallait plier, coudre et couper les pages), les rubriques (« Le coin des petits curieux« ) ou les « Histoires de l’Oncle Paul« .

Une rencontre magique: Hugo Pratt et Corto Maltese

paradis perdu

Ils entrèrent dans ma vie dans les années 70, pour n’en plus sortir, à la manière de Jorge- Luis Borges et d’Herman Melville. J’ai suivi le gentleman- aventurier (comme j’ai suivi le gentleman- cambrioleur Arsène Lupin, autre compagnon cher) sous toutes les latitudes. Je fus également fasciné par la vie de son créateur Hugo Pratt, personnage de roman à la croisée des chemins entre Rimbaud et Henry de Monfreid du côté de l’Abyssinie et de la Corne de l’Afrique, mais aussi de Blaise Cendrars le poète bourlingueur. Ils figurent tous sur le portulan de mon imaginaire littéraire, portés par la « Rose des Vents » et guidés par les constellations qui scintillent dans le ciel nocturne des deux hémisphères.

Le magazine « A suivre »

La maison Casterman, qui éditait les albums d’Hugo Pratt, publia de 78 à 97 une revue unique dans son genre « A suivre« : rencontre de la littérature et des grands récits dessinés (Tardi, Hugo Pratt); on y lisait les articles de François Rivière (par exemple sur Eugène Sue ou Rudyard Kipling), des dossiers ( « les Celtes » avec les écrivains Pier- Jakez Hélias, Jean Markale, Xavier Grall dans le n°1), des entretiens avec des écrivains au sujet de leurs  BD préférées (Pierre- Jean Rémy, Didier Decoin…).

paradis perdusite « bédéthèque », couvertures et sommaires de la revue

Il semble révolu le temps des vrais iconoclastes, reviendra -il avec celui des cerises?

« Hara-Kiri journal bête et méchant »

En 1960, paraît « Hara- Kiri » « journal bête et méchant » qui rassembla une drôle d’équipe autour de Georges Bernier (alias « Professeur Choron« ): Cavanna, l’amoureux de la langue française, Reiser, Gébé , Cabu et Wolinski (tous deux ignoraient leur rendez- vous avec la mort un 7 janvier 2015). Un mensuel apôtre du « mauvais goût« , propre à choquer le « bourgeois » de l’époque qui, soit dit en passant, nous manque cruellement car il ne s’était pas encore métamorphosé en « bobo » libéral-libertaire « festif et connecté » (ô mânes de Philippe Muray et son « homo festivus« ), amateur de frisson transgressif à bon compte dans une société où la transgression est devenue norme académique (heureusement il demeure juste ce qu’il faut d’Eglise, avec nombre de « mitres molles« – jolie trouvaille de Jean Raspail– et de prêtres »en recherche » qui tendent les deux joues d’eux-mêmes et, surtout, le spectre plus grimaçant que jamais du « fââchhhîîsme » « brun, rouge et même vert » désormais – une sorte d' »arc -en-ciel » pas vraiment gai- pour se faire peur entre amis, dans son loft du XIème, entre deux « cocktails- bio » et deux lignes de « coke » un peu moins bio).

paradis perdu

« L’HEBDO Hara-Kiri  » devient « Charlie Hebdo »

En 1969, le mensuel accouchera également d’un « Hara- Kiri hebdo« , corrosif et décapant en diable. La censure d’Etat, toujours perspicace quoi qu’on en dise, s’abattit sur l’hebdo à l’occasion de la parution du numéro 94 du 16/11/1970 dont la couverture aux allures de faire- part titrait « Bal tragique à Colombey- 1 mort » (NDLR: il s’agissait de la mort du général de Gaulle dans sa propriété de Colombey- les- Deux- Eglises le 9 novembre; le 1er novembre un incendie dans une discothèque avait fait 146 victimes et la « Une » des journaux):pareil crime de lèse- majesté surgissant dans l’affliction générale affichée par la classe politique et la sphère audio-visuelle( on aurait bien vu officier le « Chanoine » –Blier des « Barbouzes » , le « cultissime » film de Lautner) ne pouvait demeurer impuni!

paradis perdu

Pour contourner l’interdiction « d’exposition et de vente aux mineurs » qui le condamnait à la disparition, « Hara- Kiri Hebdo » devint « Charlie- Hebdo » qui poursuivit encore un  temps sa carrière iconoclaste avant de se convertir progressivement à l’orthodoxie « bobo », libérale- libertaire et atlantiste, suivant l’exemple des « Grands- Prêtres soixante-huitards« . Le « Professeur Choron« , lui,  n’était pas du genre à jouer les « mal élevés » « à la scène » tout en courtisant discrètement les puissants « à la ville« ; le dessinateur Siné, qui  collabora longtemps à l’hebdo, témoigne (cliquez sur le lien):

Siné parle de Charlie

« Choron » qui a tiré sa révérence en 2005 a dû, d’où il est, observer, hilare, cette évolution en tirant sur son long fume- cigarette et en levant son verre à notre santé, nous les « chanceux » qui vivons dans une société où prospèrent les « rebelles » subventionnés par l’Etat, via les chaînes publiques et la presse, ou grassement rémunérés, sur les chaînes privées, par le « Grand Capital« ,  sans compter la pléthore d’ « humoristes » plébiscités sur les plateaux pour promouvoir leur dernier film ou leur prochain spectacle à des années- lumière de Devos, Desproges, Coluche et des Inconnus

Années 60-70: mon « paradis perdu »- Episode 2

Mon paradis perdu

De la chanson « rive gauche » à Woodstock

La mer belle, houleuse parfois, de la chanson française (Barbara, Georges Brassens, Jacques Brel, Jean Ferrat, Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Georges Moustaki…excusez du peu) d’une part ( la « génération yéyé » me laissa dans l’ensemble indifférent, hormis Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Eddy Mitchell), la Grande Vague  anglo- saxonne (celle qui ne survient qu’une fois par siècle sur des littoraux lointains), d’autre part.

Georges Moustaki -« Le Métèque » (1969)

Jacques Dutronc « Il est cinq heures,Paris s’éveille » (1968)

Sur fond de « guerre froide » et de guerre du Viet- Nam, la marée humaine de Woodstock en août 1969 rêve de changer le monde: « Peace and Love« , slogan de la génération hippie du « flower power » qui prône le pacifisme, l’amour libre, l’usage des drogues pour « planer » ou franchir « les portes de la perception » (3)( les « chemins de Katmandou » croiseront ceux du « chamanisme » indien), le rejet de la « société de consommation » . Immense communion, même lorsque s’abattront des trombes d’eau, autour d’un plateau exceptionnel: Janis Joplin, Jimi Hendrix, Richie Havens,  Arlo Guthrie, Joan Baez, Ravi Shankar, Melanie, The Who, Joe Cocker, Jefferson Airplane

Melanie- « Lay down (Candles in the rain) » 1970-Les bougies sont celles allumées sous la pluie par les spectateurs du festival de Woodstock lors du concert de la chanteuse le 16 août 1969.

Arlo Guthrie-« City of New Orleans » 1972

Janis Joplin « Summertime » (1969)

Jefferson Airplane « Somebody to love » (1967)

Le concept fut naturellement recyclé par le « Capital »- « Woodstock II » en 1994- en une « grosse machine à fric ». Ce fut aussi le destin de cette génération: le rêve fut immolé sur l’autel de Wall- Street; le « pop art » révolutionnaire, dont Andy Warhol fut la figure majeure, rejoindra le marché spéculatif de « l’art contemporain ». Toujours la même histoire…

Le magazine « Rock & Folk«  fondé en 1966 par Philippe koechlin (chroniques remarquables de Philippe Paringaux) reflétait ces mouvances musicales (« Rolling Stones« , « Led Zeppelin« , « Jefferson Airplane« , « The Doors« , « Pink Floyd«  »The Byrds« , Julie Driscoll et Brian Auger, John Mayall, Bob Dylan…) mais n’oubliait pas la chanson française de qualité: on se souvient de l’entretien réunissant le 6 juin 1969 le trio mythique Brassens, Brel et Ferré.

Pink Floyd « Money » (1973)

(3) « Les portes de la perception« , ouvrage d’Aldous Huxley qui, en 1954, expérimenta sous contrôle médical les effets de la mescaline, drogue hallucinogène tirée d’un cactus, le peyotl.

Bonheurs radiophoniques

J’ai échappé à la télévision durant toute ma jeunesse; le coût des appareils était encore élevé, mais ce n’était pas la raison principale: dans mon enfance un imposant poste de radio à lampes trônait dans la salle à manger de mes grands- parents, mais ce n’était pas l’idole télé qui monopolise les regards dans un culte silencieux; nous écoutions la radio le regard libre d’aller de l’un à l’autre en échangeant quelques commentaires, le poste  de TSF était plutôt un invité discret. Plus tard, chez mes parents, un petit « transistor » rouge dont il fallait orienter l’antenne télescopique devint mon compagnon du soir: l’audition n’est pas parasitée par la succession rapide d’images, les voix prennent un relief saisissant dans l’intimité du soir. Ainsi j’ai pu sans difficulté par la suite maintenir des rapports distants avec la télévision, de plus en plus au fil des années.

Je n’écoutais que mes émissions préférées:

programmes sur France Inter

« Le masque et la plume » dont je ne ratais aucun des rendez- vous du temps où flamboyait Jean- Louis Bory,  auquel son aîné Georges Charensol donnait la réplique . Le contraste était vif entre les deux duettistes- duellistes: le ton, le style, les générations, les ancrages politiques, les points de vue. Pour exemple, un échange savoureux au sujet du film de Nagisa Oshima « L’Empire des sens » (1976); l’avis de G. Charensol suivi de la réponse de J-L Bory:

http://www.franceinter.fr/player/export-inline?content=361603

http://www.franceinter.fr/player/export-inline?content=361605

« Radioscopie » Jacques Chancel s’entretenait avec des personnalités diverses: acteurs, écrivains, chanteurs, cinéastes, artistes, personnalités politiques. Lien pour écouter un extrait de « radioscopie » avec l’écrivain argentin J-L Borges (archives INA):

http://www.ina.fr/audio/PHD99229044

« Les maîtres du mystères » de Pierre Billard et Germaine Beaumont proposaient des adaptations de qualité quant au choix des auteurs (Fred Kassak, Louis C. Thomas, Exbrayat, Boileau- Narcejac…) et des acteurs (Rosy Varte, Arlette Thomas, Jacques Morel, Jacques Dufilho…). La musique du générique « Tempo di suspense » signée André Popp martelait dans le crépuscule le pas lourd des secondes avant l’heure du crime,  faisant courir un délicieux frisson:

http://www.ina.fr/audio/PHD99206679

« Les aventures d’Arsène Lupin » avec Michel Roux dans le rôle du gentleman- cambrioleur. L’adaptation radiophonique faisait écho à ma lecture des huit volumes dans la jolie collection Hachette/ Gallimard empruntés successivement à la bibliothèque municipale.

paradis perdu

 Arsène Lupin– « L’Aiguille creuse« – 1er épisode (17/12/1960)- Archives INA

http://www.ina.fr/audio/PHD88001672

Sur Europe 1 au printemps 68Michel Lancelot anime l’émission « Campus« , il s’entretient avec Brassens et Ferré, parle des écrivains et des poètes de la « beat generation » entre New- York et San Francisco (Jack Kerouac, Allen Ginsberg, William Burroughs…), du mouvement « hippie » , des festivals de « Woodstock » et de « l’île de Wight »,  des « Black Panthers« , de Martin Luther King et de Gandhi, de l’actualité politique (la guerre du Viet- Nam, le « Printemps de Prague« , « mai 68 » en direct); une place de choix est accordée à la chanson française et aux courants musicaux anglo- saxons. Des millions de jeunes étaient collés au « transistor« …Personne n’a pris la relève. Tu nous a quittés Michel et ma jeunesse a pris ses « quartiers d’hiver« , mais le souvenir des anciens bonheurs demeure comme une braise bienfaisante.

http://www.ina.fr/audio/PHD99224176  -« Radioscopie » 18/10/74- Jacques Chancel reçoit Michel Lancelot.

indicatif de « Campus« – « Take One » des « Golden Pot »

Autre indicatif de « Campus »Brian Auger et Julie Driscoll

Le film de Dennis Hopper « Easy rider » (1969) est un « road movie » qui témoigne du décalage entre la « génération hippie » et l’Amérique profonde.

Bande- annonce « Easy rider »

Le magazine « Actuel«  des grandes années Jean-François Bizot  (Patrick Rambaud et Marie- Antoine Burnier) parlait de la culture « underground » illustrée par les planches de Robert Crumb (« Fritz the cat« , « Mr Natural« ), de « free- jazz« , de « pop music » et abordait les thèmes véhiculés par le mouvement précurseur « hippie » des campus américains qui vont se répandre parmi la jeunesse européenne (Angleterre, RFA, Italie, France) vers le milieu des années 60: (la drogue, la « libération sexuelle », la contestation sociale, économique et politique) créant une rupture générationnelle sans précédent depuis la « vague romantique » de la fin du XVIIIème siècle et de la première moitié du XIXème.

paradis perdu