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Jean Raspail « la Quête caraïbe » (première partie)

Jean Raspail « Bleu caraïbe et citrons verts » éd. Via Romana

« Grands remplacements » sur fond de carte postale

Caraïbes: le mot fait surgir dans l’imaginaire commun d’immenses plages de sable blanc, une mer alanguie bleu turquoise, des étals croulant sous les fruits aux couleurs vives, des poissons rutilants et des langoustes que brandissent des pêcheurs au sourire éclatant…dépliant pour club de vacances.

Qui se souvient encore du peuple dont le nom, « Caraïbes » , est l’ultime trace par une terrible ironie de l’Histoire? Il faut dire que cet arc antillais fut le lieu de substitutions de populations: les pacifiques Arawaks qui occupaient ces îles furent submergés par les Caraïbes venus de l’embouchure de l‘Orénoque qui exterminèrent (et mangèrent aussi) l’élément mâle et s’approprièrent l’élément féminin, autre forme de digestion d’un peuple. Mais nous trouvons le même type de récit dans l’Ancien Testament (anthropophagie mise à part).  Quelques rescapés trouvèrent refuge dans les forêts denses qui couvrent les massifs montagneux.

File:Indianen of Caraïben, waarvan er een getatoueerd is.jpg

Indiens Caraïbes -illustration parue dans un ouvrage de 1839

L’arrivée des Espagnols au XVIème siècle puis des autres conquérants européens se traduisit par un second génocide; les survivants s’enfuirent à leur tour dans la montagne ou purent se maintenir avec difficulté sur de minuscules territoires. Les esclaves africains remplacèrent les Caraïbes.

L’accès à l’indépendance dans la seconde moitié du XXème siècle multiplia les micro- Etats Noirs. Une poignée de Caraïbes occupent une petite réserve dans l’île de la Dominique mais ils durent s’opposer aux convoitises territoriales de ce jeune Etat…

Ile Dominique (indépendante depuis 1978)- vue de Scott’s Head à la pointe sud

Ainsi meurent les peuples

Histoire de dictionnaires

Le chapitre 3 -« Comment dit- on la neige en caraïbe? » s’ouvre par une scène à la fois naïve et poignante: sous l’œil de Jean Raspail le jeune cacique de l’époque (avril 1979), qu’on retrouvera plus loin dans le livre, s’applique à aligner en deux colonnes sur les pages d’un cahier d’écolier, baptisé « Dictionnaire de la langue caraïbe » , une trentaine de mots avec leur traduction en anglais. C’est tout ce qui lui avait été transmis.

Or des dictionnaires et des grammaires caraïbes existent: Ils furent l’œuvre de savants religieux, comme le Père Raymond Breton, revenus de ces terres d’évangélisation ou d’érudits qui ne traversèrent jamais l’océan. Ce fut le cas notamment de Lucien Adam, conseiller à la cour d’appel de Nancy, qui publia à ses frais en 1879 « Du parler des hommes et du parler des femmes dans la famille caraïbe » . Raspail nous apprend que ce peuple disposait de trois langages: celui des femmes (sans doute mêlé de langue arawak), celui des guerriers plus rudimentaire et celui des détenteurs du savoir sacré (prêtres et vieillards gardiens de la Tradition). J’y vois personnellement avec amusement le schéma trifonctionnel des indo- européens rendu célèbre par les travaux de Georges Dumézil, sachant bien sûr qu’il n’y a aucun rapport  entre ces deux mondes linguistiques et mythologiques: la fonction souveraine et sacrée, la fonction guerrière et la fonction nourricière et productrice à laquelle se rattache la fécondité de la terre et celle des femmes

Dictionnaire caraïbe-français du R.P. Raymond Breton (1665)

Le premier à s’intéresser à la langue et aux us caraïbes fut le Frère Romain Pane à qui Christophe Colomb demanda de composer ce qu’on nommait alors des « Antiquités » (1). Laissons la conclusion à Jean Raspail qui fait éclater le cynisme occidental dans le plus pur style de l’ironie lapidaire voltairienne: « Les recherches du brave Romain Pane terminées, l’amiral commença le massacre. » (p.18). Certains mots sont passés dans notre langue: acajou, ouragan, maïs, haricot, hamac, caïman, canari, calebasse, canot, pagaie, pirogue…Mais qui se soucie de leur origine en dehors des amoureux de la langue?

(1) « Antiquités des Indiens » du Frère Romain Pane [tiré de l’histoire de Christophe Colomb écrite par Fernand Colomb] opuscule inclus dans l’ouvrage de Diego de Landa « Relation des Choses du Yucatan » .

Transmission contre déculturation

Jean Raspail eut le bonheur d’enregistrer les bribes d’une chanson dont un ancien cacique, Pierre Fernandoir, se souvenait encore mais sans plus en comprendre un traître mot à l’exception de « caïman » . Il savait que ce mot ne désignait pas seulement pour ses lointains ancêtres  ce saurien mais aussi un dieu; ses connaissances s’arrêtaient là…Le lendemain, le vieillard montra à l’auteur le plus beau « canoa » conservé: retourné, il servait d’autel dans la petite chapelle catholique du village. « Et sur ce canot, à la messe, devant deux cents Indiens, le Grand Caïman mourait chaque dimanche à l’instant de l’élévation, assassiné par l’Autre » (p.62).

L’Eglise a toujours procédé ainsi par l’inclusion- digestion des éléments les plus difficiles à éradiquer des cultes païens afin de capter les anciennes ferveurs (sources miraculeuses, monts ou bois sacrés, petites divinités devenues des Saints…). Je vous renvoie à la nouvelle de Paul Arène  « La mort de Pan » (voir mon article « Homère- entre terre et mer, poète de l’exil » ). Toute réalité est complexe, on ne doit tomber ni dans la « légende noire » ni dans la « légende dorée » : si les missionnaires furent souvent l’avant- garde précédant les soldats et les marchands avec les conséquences que l’on sait, on doit à beaucoup d’entre eux de précieux travaux d’ « ethnologie » avant l’heure et de linguistique. Pour s’en tenir au continent américain pensons à ceux dont parle Raspail, mais aussi au franciscain Bernadino de Sahagùn pour sa monumentale et précieuse « Histoire des choses de la Nouvelle Espagne » sans oublier le Défenseur des Indiens, l’évêque Bartolomé de Las Casas ni les « missions » jésuites du Paraguay (voir ou revoir le superbe film de Roland Joffé « Mission » sorti en 1986)…Jean Raspail a fait également revivre (« En canot sur les chemins d’eau du roi » ) la grande figure du Père Marquette et de bien d’autres.

Le Père Jacques Marquette (1637-1675) et les Indiens- Tableau du peintre allemand Wilhelm Lamprecht (1869)

Au fond, un peuple ne perdure dans son être que par le devoir de transmission: « Minorité ou majorité, le nombre importe peu, c’est la mémoire qui compte. Je le sais, j’appartiens à un peuple qui est en train de perdre la sienne. » (p.58)

La huitième plaie d’Egypte: les sauterelles

Comme si tous ces malheurs n’avaient pas suffi aux Caraïbes, le tourisme de masse, joyau de la société consumériste, s’abattit sur eux. L’aide au développement sous la forme d’un aéroport international, don du gouvernement canadien (on arrête pas le « Progrès humanitaire » ), à 50 kilomètres au nord de la réserve favorisa l’irruption des hordes touristiques déversées pour une journée depuis les trois villages du Club Méditerranée de Martinique et de Guadeloupe. Opération baptisée très officiellement « Safari club » , cela ne s’invente pas! Le nuage de poussière et le bruit des moteurs annoncent l’arrivée de la « colonne infernale » de Land-Rover: deux comportements saisissent les villageois, les uns comme le roi cessent leurs activités quotidiennes et se claquemurent, seule résistance possible; d’autres, déjà « domestiqués » , s’empressent de mettre en scène les activités artisanales « typiques » attendues par les objectifs des caméras et appareils photos. Voici les envahisseurs (p.71,72): « Toutes les variétés de chapeaux de plage et de lunettes de soleil, de bermudas, de pantalons à hurler collés sur des fesses de boudins, pour l’occasion on a soigné l’apparence, le côté explo- relax…et tout ce monde rigolant, se montrant du doigt le petit gosse tout nu qui tend la main au pied de la voiture…et refilant une pièce française inutilisable de vingt centimes au gamin en lui enjoignant de dire « merci » sur le ton de la mémée qui a donné un sucre à son chien, je n’invente rien, je l’ai entendu, comme j’ai entendu d’autres remarques d’une épaisse vulgarité à vous faire coller leurs auteurs au mur symbolique des fusillés pour cause de sans- gêne… » . Nous rions de la charge, mais c’était en 1979, le temps des pionniers dira- t-on…Depuis on est passé du stade de la petite épicerie de village à celui de l’hyper- centre commercial! On a même donné un « vernis culturel » , segments de marché obligent: le touriste abonde chez le sénior bobo- friqué ou le retraité de l’Education Nationale, on fait donc dans la croisière ou le voyage de groupe « citoyen- écolo- responsable » : je ne jouerai pas davantage les petits « Philippe Muray » …Jean Raspail avait déjà perçu la dimension sexuelle de cet appétit de consommation quand il évoque (p.30) ces « petites Antilles, où, de mémoire de touriste, l’on n’a jamais trouvé que des plages, des cocotiers, et des Canadiennes en chaleur… » ; là encore on n’en était qu’aux prémices!

(A suivre)

Jean Raspail « la Quête caraïbe » (2ème partie)

Jean Raspail: permanence de l’esprit français

Jean Raspail promène un regard distancié, jamais indifférent, sur le monde, mû par un amour profond de la vie. On sent plus d’une fois sa réprobation ou sa révolte mais il ne pratique pas l’indignation grandiloquente sur commande des « grandes consciences morales » et des « faiseurs d’opinion » .

Il narre son expédition sur la piste qui conduit à la réserve caraïbe de l’île de la Dominique à bord d’une somptueuse Daimler qui appartint au dernier gouverneur britannique; il a rendez-vous avec le roi Francis Ier Fernandoir. Il fait un arrêt près d’un bassin creusé par un torrent. Il en profite pour abreuver le radiateur, se rafraîchir en nageant et…changer l’eau des vases de la Daimler garnis de fleurs, luxe suprême. Il se met en scène avec humour (p.43) « …ce bipède tout blanc, nu comme un ver, déambulant sous les arbres avec un vase fleuri en forme de hanap dans chaque main » . Inévitablement surviennent alors des lavandières noires, vivantes statues de Maillol (1861-1944); s’ensuivent des jeux aussi innocents qu’aquatiques. Ils constatera plus tard que c’est parmi ces amazones que se recrute la garde présidentielle (p.37): «  Elle ne sort jamais des jardins du palais, où, trois par trois, elle patrouille au pas britannique chaloupé calypso par fessier de sergente et croupe de caporale…présente les armes au drapeau…[qui] s’orne en son centre d’un mirobolant perroquet bariolé jaune vert rouge…cette armée de femmes superbes prêtes à verser leur sang pour défendre un perroquet  » .

Aristide MaillolL’Eté-(1911)- Jardins des Tuileries

Il y a là de quoi faire monter au créneau nos « comités de vigilance citoyenne » et nos « ligues de vertu » . Hilare, l’irrévérent « Père » Raspail n’en a cure! Il raille gentiment ces jeunes micro- Etats qui n’ont rien de plus pressé que d’imiter dans leurs pompes leurs aînés plus puissants. Ce faisant, Jean Raspail s’inscrit dans le droit fil de l’esprit français (Roman de Renart, Rabelais, La Bruyère, Molière, La Fontaine…) prompt à la satire car jamais dupe des apparences. Songeons à Montaigne « Sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul. » et à La Fontaine dans sa fable « La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf »:

« Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages. »

Dans le chapitre 6 « Discours au roi » , véritable pièce d’anthologie dans laquelle l’auteur résume la tragique histoire des Indiens Caraïbes, il évoque l’envoi de missionnaires par les Espagnols en 1603, temporairement refroidis par plusieurs échecs militaires (p.49,50): « Mais vous flairez le piège où se sont perdus tant de peuple crédules. Vous dévorez à belles dents l’effectif de quatre ou cinq couvents et Dieu sait qu’en ce temps- là les vocations ne manquaient pas. Je rends hommage à votre appétit. Pendant cinquante ans, vous mangez du prêtre à tous les repas, de telle sorte qu’il était fatal que cette pieuse goberge finisse en indigestion. Vous repoussez vos chaudrons et hop! voilà que vous vous retrouvez catholiques: le rôti en sursis a lâchement profité de la pause pour vous parler du Christ et vous asperger d’eau bénite. » Voilà ce qu’écrit avec une plume trempée dans l’encre du XVIIème ou du XVIIIème siècle notre Raspail qui ne fait nul mystère par ailleurs de son attachement au catholicisme pré-conciliaire: le panache d’un homme libre!

Quelques figures remarquables

Les caciques caraïbes de la Dominique

Ayant séjourné plusieurs fois dans ces parages sur une période de quinze ans (décennies 60-70) l’auteur put connaître trois caciques.

Pierre Fernandoir avait rencontré la jeune reine Elisabeth II en visite dans les dominions de la Couronne. Après un trajet de trois nuits par les sentiers de la forêt, il revêtit son « habit de cérémonie » (pantalon, chemise, chaussures, écharpe de commandement et sceptre à la main) au dernier moment. La reine lui demanda s’il avait fait bon voyage, (p.41) « Il avait répondu fort intelligemment et mystérieusement que le réseau routier de la reine et celui du roi, le sien propre, ne se situaient pas dans le même univers et ne se croisaient jamais » . Comment ne pas être saisi par cette finesse d’esprit empreinte de poésie? « La reine, légèrement étonnée l’avait gentiment remercié, s’excusant du manque de temps pour lui rendre sa visite et passant poliment à l’invité suivant » . Tout est dit et tout commentaire superflu.

Le second, neveu du précédent fut Francis Ier Fernandoir à qui l’auteur rendit visite à bord d’une Daimler comme cela est raconté plus haut. Interrogé sur ce qu’il savait du passé de son peuple, il répondit « les vieux disaient au père de mon père que les Caraïbes avaient conquis l’île de Haïti » mais c’est Raspail qui lui révéla que Haïti signifiait « la grande terre » en langue caraïbe…Vint alors la question terrible « Est- ce qu’ils sont tous morts là- bas aussi? » , « Je répondis que oui. Il hocha gravement la tête, mais rien d’autre ne lui venait. » (p.58). Résignation muette devant la fatalité.

Le dernier fut Frederick Hillary, « carib chief » élu de 22 ans: c’est ce jeune homme qui tentait de rédiger un dictionnaire caraïbe- anglais (chapitre 3). Il avait suivi les cours, invité par le gouvernement américain, d’une école destinée à former des notables tribaux. C’était la période de la « guerre froide« : les Etats-unis et l’U.R.S.S., avec l’aide de Cuba, rivalisaient pour étendre leur influence sur le Tiers- monde. Interrogé par l’auteur sur ce qu’il pensait de la récente indépendance de la Dominique, il rétorqua « Je n’en pense rien et cela ne change rien. Les Caraïbes sont indépendants depuis deux mille ans. » (p.66) montrant ainsi qu’il refusait d’entrer dans le jeu géopolitique des Grands.

Alfred le Masaï

Propriétaire d’un troupeau de bovidés « tels qu’on les voit sur les bas- reliefs des temples égyptiens » (p.109), Alfred vit à Saint- François (Antilles françaises), c’est un descendant de Masaï poursuivant dans cette île l’activité pastorale que son peuple mène depuis toujours sur les hauts- plateaux du Kenya. « Coiffé d’un immense chapeau conique, vêtu de haillons glorieux, la peau noire d’encre, les pieds nus, le visage fin illuminé d’une sorte de sourire d’ange de Reims…Il ne parle à personne, mais ses lèvres sont perpétuellement en mouvement, traçant des mots connus de lui seul et que seules comprennent ses bêtes bien qu’aucun son ne sorte de sa bouche. » (p.109,110). Il faut lire la suite, jubilatoire, pour découvrir comment Alfred et ses bœufs mirent en alerte et tinrent en échec préfet, escadrons de gendarmerie, agents du F.B.I. et du secret service qui bouclaient un vaste périmètre car se tenait dans un hôtel de luxe une réunion au sommet entre les quatre chefs d’état les plus puissants du monde occidental (Etats-Unis, Royaume- Uni, France, R.F.A.). Alfred devait comme chaque jour, à la même heure, rentrer son troupeau dans son enclos, rien ne pouvait l’en empêcher sinon la mort ou la fin du monde. Ce fait authentique a tout d’une merveilleuse fable.

Standard Creole

race bovine créole

Deux figures féminines jaillies d’un passé aboli

Rose, de la Grande Vigie (chapitre 11)

C’est en Suisse, à Lausanne, que l’auteur rencontre Rose danseuse nue et chanteuse dans un cabaret. Il a noté, outre un corps superbe, des traits qu’il connaît bien: cheveux lisses, ailes et arêtes du nez, pli des paupières. Il l’invite à sa table et obtient par une habile conversation la confirmation attendue: Rose est fille de paysans pauvres de la Guadeloupe, sa mère était une Kallinago, ancienne tribu caraïbe de la région de la Grande Vigie. Jean Raspail lui apprend qu’en 1882 les derniers membres de cette tribu adressèrent une supplique au gouvernement radical- socialiste de la IIIème République pour qu’il protège leur territoire convoité. La réponse vint deux ans plus tard: un relevé topographique tout d’abord et ensuite l’attribution de leurs bonnes terres aux compagnies sucrières, les indiens devant se replier sur les taillis rocheux…Plus tard, dans la nuit, le corps de Rose reposant contre le sien, Jean Raspail lui murmure à l’oreille les bribes de la vieille chanson caraïbe qui parle du dieu Caïman

Arouage la mystérieuse (chapitre 4- L’Arouage et le routard)

Toujours sur la piste des derniers Caraïbes, l’auteur sillonne l’île de La Dominique; il prend en stop un jeune routard sur une piste au milieu de la forêt. Questionné, ce dernier lui raconte une étrange histoire: il a failli se rompre le cou dans la montagne et se noyer dans les crues des torrents. Un ami, ancien routard converti aux joies du mariage et de la sédentarité dans une HLM de Nanterre, lui avait fourni un vague plan pour qu’il retrouve en cet endroit une jeune femme qu’il avait aimée. Le jeune routard était parvenu à ses fins et même au- delà puisque la jeune femme en question tenait une case dans la montagne où un voyageur pouvait passer la nuit sans souffrir de solitude… Elle allaitait un bébé presque blanc et quand elle sut que le père ne reviendrait plus, elle quitta tout et disparut vers les hauteurs. L’auteur demanda quel était son nom, la réponse fut Arouage. Immédiatement, il questionna le routard sur ses traits et son physique. Il ne pouvait y avoir d’erreur, alors Raspail lui révéla qu’Arouage était…une Arouage, une lointaine, et peut- être ultime, descendante des Arawaks dont le nom fut francisé en « Arouage » : « La race était devenue prénom » (p.34). Raspail se souvenait, lui, de Rose et il songea à cet homme revenu à la « civilisation » qui ignorait tout de ce bébé, fruit d’un amour éphémère qui avait enjambé les siècles…

Il y a bien d’autres choses à découvrir dans ce petit livre de 163 pages, si riche de contenu et si savoureux par le style.

Qui se souvient des hommes libres?

Jean Raspail est ce qu’on nomme en géologie une butte- témoin, dans la plaine uniforme et stérile du projet mondialiste et si c’était un poisson, ce serait un saumon qui remonte les rivières vers la source. C’est un royaliste aux yeux de qui le royaume est d’abord œuvre de l’Esprit incarné par un homme, peut importe alors la taille du territoire ou même son existence comme en témoignent ses romans: « Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie » (1981), « Sire » (1991), « Le Roi au- delà de la mer » (2000). Il est fasciné par les terres inhospitalières, de l’Amérique australe-  « Adios, Tierra del Fuego » (2001)- au cercle arctique- « Septentrion » (1979), « Les Royaumes de Borée » (2003). Il se veut aussi la mémoire des peuples condamnés à la disparition: Indiens Caraïbes « Bleu caraïbe et citrons verts » (1980, réédité en 2014) ou Indiens Alacalufs de la Terre de Feu « Qui se souvient des hommes? » . Une autre cause perdue (« L’anneau du pécheur » ,1995), celle de ce vieil homme épuisé qui accomplit en 1993 un dernier voyage, en direction de Rome, dernier maillon d’une chaîne de papes « clandestins » , tous prénommés Benoît depuis le dernier des « antipapes » d’Avignon, Pedro de LunaBenoît XIII, déposé par le concile de Constance en 1417, puis retranché dans sa forteresse catalane de Peniscola bâtie sur un isthme rocheux.

statue de Benoît XIII à Peniscola

Toute l’œuvre de Jean Raspail nous exhorte à nous rendre dignes de l’étymologie de notre nom: les Francs, c’est- à -dire les « hommes libres » . Je parle d’étymologie, non nécessairement de « race » ; chacun, s’il le décide, peut ainsi, à titre individuel, se sentir Huron, Caraïbe ou bien sûr Patagon comme Jean Raspail lui- même qui célèbre chaque 29 octobre la Fête nationale du Royaume de Patagonie dont il s’est institué Consul général.

jean raspail

Drapeau du Royaume d’Araucanie et de Patagonie

Actualité (mise à jour le 27/07/2015)

La revue « éléments » publie dans sa dernière livraison (n°156 du 23/07/2015) un entretien sur « l’art du voyage » entre Erick L’Homme et Jean Raspail. (lien ci-dessous)

blog éléments pour la civilisation européenne

site de la revue pour se procurer le numéro

Compléments

Jean Raspail– « Là- bas au loin, si loin » Collection « Bouquins » Ed. Robert Laffont (préface de Sylvain Tesson) – qui réunit: « Le Jeu du roi » , « Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie » , « Qui se souvient des hommes? » , « Septentrion » , « Sept cavaliers… » , « La Miséricorde » (inédit)

Madeleine Roussel « Jean Raspail- Miroir d’une œuvre » (préface de Philippe Maxence) Editions Sainte- Madeleine: remarquable introduction  en 90 pages à la lecture de Jean Raspail.

 site officiel de Jean Raspail (cliquez sur ce lien): bibliographie détaillée et extraits, parcours en photos, entretiens, thèmes, adaptation en BD par Jacques Terpant de deux romans « Sept cavaliers » et « Le Royaume de Borée »  Ed. Delcourt

J’ajoute à titre personnel « Les aventures de Corto Maltese » d’ Hugo Pratt, plus particulièrement un titre en résonance: « Suite caraïbéenne » -Ed. Casterman

Jacques Lacarrière Le Mont Athos

 

 Jacques Lacarrière (1925-2005)- « L’été grec » – collection « Terre Humaine » Ed. Plon (1975)- (Les indications de pages pour les citations se réfèrent à cette édition). Malheureusement épuisé dans cette belle collection, l’ouvrage est actuellement disponible aux éditions Pocket–  . « Le MONT ATHOS- Trois voyages dans la Montagne Sainte » constitue la première partie de l’œuvre.

Lacarrière fit plusieurs voyages en Grèce de 1947 à 1966. « L’été grec » n’est pas un guide de voyage et il va bien au-delà du récit de voyageur; il apparaît plutôt comme une somme d’expériences aux multiples échos: « …les souvenirs se mêlent en ma mémoire comme en un jeu énigmatique. Pourquoi certains d’entre eux, si anonymes d’apparence, restent-ils avec insistance comme s’ils voulaient souligner un message dont le sens m’échappe encore? » (p.11)

 Le Mont Athos- site UNESCO– offre un choix de belles photos (cliquez sur le lien)

Le Mont Athos: la Montagne Sainte

En exergue cette citation de Nikos Kazantzakis (Lettre du mont Athos): « Nous humanisons Dieu au lieu de déifier l’homme » à l’opposé du monde moderne qui a fait de l’homme son propre dieu.

Découverte du mont Athos depuis la mer, à bord d’un caïque:

« La silhouette d’Athos occupe tout l’horizon et je distingue déjà la masse sombre des forêts, les taches blanches des monastères et les détails de leurs façades: les longs balcons de bois courant d’un mur à l’autre, les minuscules fenêtres, les coupoles charnues. » (p.29)

carte mont athos

Athos est une presqu’île à l’écart des hommes, protégée des tumultes de l’Histoire par ses falaises abruptes, ses hautes roches et ses forêts de conifères, de chênes et de hêtres. D’autres essences méditerranéennes peuplent plateaux et pentes: cyprès, eucalyptus, châtaigniers, oliviers, orangers, jujubiers, mimosas et lauriers- roses. Les vingt monastères incrustés sur les deux versants de la puissante arête montagneuse s’abritent derrière leurs murs épais et leurs lourdes portes de bois qui ferment à la tombée du soir: il fallut se protéger durant des siècles de l’occupant ottoman. C’est l’ultime enclave byzantine dans l’espace et le temps.

Le katholicon– l’église principale- occupe le centre de la grande cour entourée de galeries à arcades, magasins pour les provisions, réfectoire: c’est le point d’où part un dédale de ruelles bordées par les cellules des moines.

Des couleurs, des odeurs, des horloges, des manuscrits et des chats

Sur fond d’azur éclate la symbolique des couleurs vives: rouge des églises (le Sang du Christ), bleu des cellules (le Ciel), ocre des façades (la Terre) que rehausse le blanc éblouissant de la chaux (Lumière, Sainteté).

monastere mont athos
Eglise principale- monastère de la Grande Lavra

Le violent contraste des odeurs répond à celui des couleurs: parfums entêtants des encens (résines de lentisques, de mastiquiers, de benjoin…) et des huiles des veilleuses au pied des icônes (sésame, chènevis, l’huile d’olive plus coûteuse demeurant le privilège de la Vierge et du Christ); odeurs puissantes des fritures de tomates, de courgettes, d’aubergines; puanteur des latrines (cabines rudimentaires séparées par des planches et surplombant la falaise) qui s’insinue jusqu’à l’entrée des églises.

Mais le temps accomplit son œuvre: au détour des venelles on découvre la vétusté (les enduits des murs s’écaillent, les poutres et les balcons de bois s’affaissent ou ploient) et la saleté car les moines trop peu nombreux et souvent vieux, faute de vocations, ne peuvent plus entretenir ces lieux devenus trop vastes.

Ce temps si particulier au mont Athos puisque les monastères ont conservé la mesure byzantine (le coucher du soleil marque 0 h) à l’exception du monastère d’Iviron (0 h au lever du soleil selon un comput chaldéen: donc 12 heures d’écart) et de Vatopédi qui s’aligne sur le reste du monde.

monastère mont athos
Monastère de Vatopédi

Les bibliothèques poussiéreuses regorgent de manuscrits anciens parfois ornés de fines enluminures. Curieusement, ces trésors qui ont traversé les siècles ne soulèvent pas l’enthousiasme de l’auteur qui avoue sa relative indifférence pour ces admirables travaux de copistes prisonniers, selon lui, de la Lettre aux dépens de l’Esprit, (p.43) « Je me pris à rêver d’une religion dont le message serait: oubliez tous les livres! » .

Il demeure les couloirs déserts, royaume des chats. Ces chats si différents de leurs lointains cousins de nos contrées douillettes sont ceux de l’Orient, noirs et souples compagnons de la déesse égyptienne Bastet « habitants des ténèbres et instruits des secrets de la nuit » (p.34), notation aux accents baudelairiens.

Les moines: un portrait- charge dans la lignée de Rabelais et Voltaire

L’usure du temps n’atteint pas seulement les bâtiments, elle imprime sa marque sur le mode de vie et l’esprit religieux: relâchement et décadence. Elle se traduit dans les physionomies: quoi de commun entre le visage creusé par une fièvre ascétique de certains jeunes moines et les faces rubicondes des moines- hôteliers- archontaris–  tout droit sortis d’une kermesse flamande de Brueghel le Jeune? (p.36) « Ce Silène bouffi qui passe son temps à boire du raki en cachette et à marmonner seul dans sa cuisine comme s’il voulait convertir les courges et les tomates. » . Cette critique violente apparaît déjà dans les écrits de Grégoire Palamas, qui vécut à Athos au XIVème siècle: « Ils mangent comme des porcs, boivent comme des tonneaux et quand ils sont ivres, ils prétendent émettre des oracles » (p.81)

Une exception notable cependant, les trois monastères du sud: Simon Pétra, Gregorios et Dionysos (p.70) « Au réfectoire, les repas se font en silence…La nourriture y est plus que frugale: légumes bouillis avec de l’huile, pain, olives, eau ou vin. »

Au XVIIIème siècle l’Athos était un haut- lieu de la théologie orthodoxe mais les moines se complaisent dans une ignorance crasse (p.71) « Cette ignorance militante n’est pas seulement désastreuse pour les trésors et les archives. Elle est surtout ferment d’intolérance et de superstition » … « J’ai rarement eu, quant à la religion, des conversations aussi stupides, aussi primaires qu’à Athos. » . Témoin de cet obscurantisme, toujours selon l’auteur, le culte des reliques, « la vieille terreur des cavernes » : des étagères d’armoires alignent des châsses précieuses qui renferment des débris humains (crânes, os, peau desséchée…) et des bouts d’étoffe (p.92) « Un écoeurement me prit à la vue de ces restes absurdes…Tant que cette adoration béate et stupide n’aura pas été abolie de la conscience humaine…jamais nous ne serons pleinement adultes. »

L’art byzantin: l’Orient aux portes de l’Occident

Jacques Lacarrière oppose l’architecture gothique qui fait entrer les flots de lumière et s’élance vers le Ciel à l’église byzantine qui enferme entre le ciel (la coupole centrale où se déploie la figure du Christ) et la caverne du sanctuaire.

Au monastère de la Grande Lavra, il est impressionné par les fresques des murs du réfectoire (œuvre de Théophane le Crétois, moine- peintre du XVIème siècle et non du XIVème comme l’indique par erreur l’auteur-p.82- qui le confond avec un autre peintre Théophane le Grec): foule de Saints et d’anachorètes représentés de face qui surplombent les moines réunis autour des tables de pierre et dont la présence muette abolit le temps.

L’écrivain avoue n’avoir véritablement compris cet art que bien plus tard à la lecture du « Guide de la peinture » , ouvrage d’un moine- peintre du XVIIIème siècle Denys de Fourna. Cette œuvre montre à quel point il s’agit d’un art codifié: il détaille 136 sujets tirés de l’Ancien Testament et une centaine du Nouveau, il fournit minutieusement toutes les recettes techniques (préparation des apprêts, vernis, couleurs…fabrication des pinceaux destinés à peindre les différentes parties d’une figure). Les Hiérarchies célestes, ordonnées en trois séries (Chérubins, Séraphins, Trônes- Dominations, Vertus et Puissances- Principautés, Archanges et Anges) nous déroutent car elles sont au cœur d’un christianisme oriental. Il en va de même pour ces Légions célestes cuirassées et armées (glaives de feu, jambières ornées à l’antique de figures effrayantes…) commandées par l’ archistratège Saint- Michel entouré d’officiers supérieurs- taxiarques– et subalternes. Ces figures nous rappellent la puissance de Byzance qui se voulait reflet de la Cité céleste: les animaux réels et fabuleux (lions, griffons…), les arbres aux feuilles d’or décoraient la salle du trône de l’Empereur- Basileus– dont on ne s’approchait qu’en se prosternant, usage des Perses et de l’Asie qu’ Alexandre le Grand au plus fort de ses conquêtes et de sa gloire eut du mal à imposer à ses officiers macédoniens car tellement contraire à la mentalité grecque de l’homme qui se soumet librement à une autorité dont il reconnaît la légitimité et la valeur à l’opposé de l’esclave d’un pouvoir divinisé.

On ne peut comprendre l’art byzantin sans avoir à l’esprit la double nature qui le régit: faste glorieux et puissance d’une part, dépouillement total et humiliation devant Dieu des anachorètes du Désert de l’autre. J. Lacarrière y oppose « la mythologie sirupeuse et édulcorée des catholiques avec leurs Saints béats, leurs bergères en mal de vision » (p.69), jugement condescendant dont on lui laissera la responsabilité mais qui cède à la facilité juvénile de l’outrance dans la mesure où il réduit l’art sacré occidental à ce style que décriait à juste titre Léon Bloy sous l’appellation de « bondieuserie sulpicienne » .

Les derniers ermites: le « cœur mystique » du Mont Athos

ermitage mont athos
Ermitages de Karoulia

« Athos eremiten axb01 » par Alexander Buschorn — Originalfotografie Urheber. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons –

Dans un décor âpre et sauvage de rochers et de rocailles où s’agrippent des figuiers de barbarie et des buissons épineux, à quelques kilomètres de la Grande Lavra, des cabanes d’ermites se nichent dans des anfractuosités difficilement accessibles par des marches taillées dans le roc ou des chaînes fixées à des crampons scellés dans la falaise. Les premiers ermites arrivés au Xème siècle ont retrouvé la voie du Désert des anachorètes d’Egypte et de Syrie des premiers siècles du christianisme. Ces hommes ont abandonné le monde pour se tourner vers Dieu exclusivement; ils vivent dans le silence et la prière, pour le reste, une pièce unique meublée d’une table pour les repas (olives, tomates, quelques fruits en été; fèves et lentilles en hiver; pain noir si dur qu’il doit être trempé d’eau ou d’huile) d’une planche recouverte d’une peau de chèvre pour de courts repos, une lampe à pétrole et une veilleuse au pied de l’iconostase. Tous les ermites travaillent de leurs mains: ils confectionnent des articles de vannerie et des chapelets de coquillages revendus par les monastères qui leur fournissent en échange aliments, huile et pétrole, la circulation monétaire étant proscrite. C’est la vie que mène par exemple Gabriel un ancien marin.

Nous rencontrons enfin un étonnant ermite russe octogénaire,  Nikône, dans son univers: une petite terrasse sur un surplomb, quelques fleurs, un banc rudimentaire à l’ombre d’un figuier, presque un luxe, une cabane semblable aux autres mais où s’alignent sur une étagère des livres en russe et en anglais offerts par des visiteurs ainsi qu’une collection du « National Geographic magazine » (un beau geste de la Direction de la revue qui, touchée par une lettre de l’ermite, lui sert un abonnement gratuit à vie). Nikône possède une vaste culture, il a même conservé une petite lunette pour des observations astronomiques. Contrairement aux moines grecs, il affirme « Je suis pour le dénuement du corps, pas pour celui de l’esprit » . Il est né à Saint- Pétersbourg dans une famille de l’aristocratie (conservant de son éducation un usage parfait de la langue française), il fut même officier de la garde du Tsar avant de faire des études de théologie et d’être ordonné prêtre. Nikône a parcouru l’Asie (Indes, Annam, Chine, Japon), non pour voir du pays mais pour aller à la rencontre des hommes et de leurs sagesses,  avant de se retrouver moine puis ermite au Mont Athos: « il faut attendre que Dieu vous fasse signe » (p.108) dit-il simplement. Dernière image de ce dernier voyage au Mont Athos pour J. Lacarrière: dans l’aube naissante, le Père Nikône, après  l’avoir béni, s’incline profondément, une main sur le cœur.

Aux yeux de l’auteur, qui se déclare athée et ne ménage pas la religion et les religieux, les ermites constituent une énigme et il confesse avec lucidité et une pointe d’ironie à notre endroit (p.103): « En ces quelques hommes isolés dans leur cabane ou dans leur grotte, on peut voir, selon ses options et ses convictions personnelles, les fossiles vivants d’un monde à jamais révolu, d’une Atlantide de la foi dont Athos serait l’ultime et fragile sommet, ou au contraire les détenteurs, les mainteneurs, les « athlètes » d’une sagesse et d’une science de l’homme qu’on s’empresse d’admirer si elles proviennent des Indes ou du Tibet mais qu’on ignore dès qu’elles s’exercent à votre porte. »

Cette fascination pour les anachorètes des déserts d’Egypte et de Syrie avait conduit Jacques Lacarrière à leur consacrer un ouvrage « Les Hommes ivres de Dieu » Ed. Artaud (1961)-disponible actuellement dans la collection Points Sagesse (2008). Il publiera également un roman sur le même fond historique « Marie d’Egypte » Ed. Jean-Claude Lattès (1983), également disponible aux éditions Points (2008)

Pour mieux connaître l’œuvre de cet écrivain passionnant, utilisez le lien ci-dessous

chemins faisant-site de l’association des amis de Jacques Lacarrière

collection Bouquins -Ed. Robert Laffont-cet ouvrage réunit « En cheminant avec Hérodote » , « Promenades dans la Grèce antique » , « L’Eté grec » , et un inédit « Le Buveur d’horizon » . A lire sans modération…