Attentats de Paris: la gifle du Réel

Attentats: la Peste noire s’est abattue sur Paris

Je pleure toutes ces victimes, ces êtres jeunes avides de vie qui ne sont plus que des corps gisant dans le froid de la mort. Je pleure pour ceux qui souffrent, ceux qui vont mourir, ceux qui seront marqués à jamais dans leur chair et leur âme. Je pleure avec les familles, les proches plongés dans la stupeur, la douleur, le deuil et qui porteront jusqu’à leur dernier souffle la blessure béante de l’absence de ceux qu’ils ont vus naître et grandir, qu’ils ont choyés et aimés. La Peste Noire s’est abattue sur Paris, le noir de l’étendard levé par l’Etat islamique, le noir de la nuit qui se voile de deuil. Une Peste noire qui renvoie au magasin des accessoires la « Peste brune » , horizon indépassable de l’intelligentsia, du pouvoir et des médias, toujours en retard d’une guerre; l’aveu courageux de Lionel Jospin est tombé dans l’oreille des sourds:  » Pendant toutes les années du mitterrandisme nous n’avons jamais été face à une menace fasciste et donc, tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front national, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste et même pas face à un parti fasciste » (émission Répliques du 27 octobre 2007)

Je pleure, mais pas avec les crocodiles

Oui, je pleure avec eux, je pleure sur les victimes passées, présentes et à venir de la barbarie, mais je me refuse à pleurer avec les pleutres, les tartuffes et pour le dire franchement les responsables. Cette caste politique et cette caste médiatique et « intellectuelle » , les « artistes » , les « grandes consciences » et autres « autorités morales » qui vont donner sans la moindre pudeur dans la surenchère émotionnelle pour dissimuler leurs fautes, car on ne saurait parler d’erreur quand on a méprisé, étouffé, diabolisé les quelques voix qui ont crié dans le désert pour mettre en garde, alerter quand il était encore temps de ne pas commettre l’irréparable.

Messianisme démocratique et politique du chaos

Aveuglés par le droit de l’hommisme, le messianisme démocratique, ils ont été les acteurs et les complices de cette « ingérence humanitaire » qui a plongé l’Irak, la Libye, la Syrie dans le chaos et immergé leurs peuples dans la souffrance et la barbarie. Il fallait à tout prix abattre la nouvelle bête immonde: Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, Bachar El Assad. En Libye, il s’agissait d’aider les « forces démocratiques » , les « islamistes modérés » : Bernard Lugan, un des rares connaisseurs de l’Afrique, avait levé le lièvre en affirmant que ces groupes n’avaient rien de démocratique, mais il était hors de question de donner la parole à un universitaire de haut vol et homme de terrain, étiqueté « extrême-droite » . Kadhafi avait lui-même prévenu : « Si on déstabilise, on ira à la confusion…Voilà ce qui va arriver. Vous aurez l’immigration, les milliers de gens qui iront envahir l’Europe depuis la Libye…Il y aura un djihad islamique en face de vous , en Méditerranée. » (JDD, 5 mars 2011) . Les politiques ont préféré y voir un chantage de dictateur aux abois plutôt qu’une prophétie. Les esprits conditionnés absorbaient comme des éponges les prêches de BHL, chantre omniscient, omniprésent et omnipotent de la pensée humanitariste. Le même, qui interrogé plus tard par Ruth Elkrief (BFM, 3 juin 2012) sur son « action héroïque » dont il a tiré un documentaire hollywoodien marmoréen, « Le serment de Tobrouk » ( sortie en 2012, sélection officielle lors du festival de Cannes, hors compétition, 2450 entrées) , répondit « Ces islamistes, ces Al Qaïdistes, il y a une part de leur logiciel mental qui est déréglé. Quelle est cette part ? C’est la part qui pensait que l’Occident c’était forcément… l’ami des despotes arabes et l’ennemi des peuples. Là ils ont vu un Occident, des démocraties, un Président Sarkozy, un intellectuel juif, et il y a ce dialogue avec eux, je leur demande, est-ce que vous savez que je suis  juif ? Ils me disent oui, on parle de tout ça. On parle d’Israël, on parle… ils ont vu tout ça non pas faire la courte échelle à Kadhafi , mais venir tendre la main à un peuple en révolte. Et ça croyez-moi, ça change quelque chose dans leur vision du rapport entre les Civilisations. » . Depuis c’est toute l’Afrique subsaharienne qui est déstabilisée, en proie au djihad sanglant et la France a dû engager ses troupes qui ont accompli des prouesses avec peu de moyens, mais un courage et un savoir-faire dignes d’admiration. Le problème demeure. Qu’adviendra-t-il à terme de la Tunisie, de l’Algérie, minées par l’emprise islamique croissante?

Bernard-Henry Lévy, 3 juin 2012, entretien sur BFM

« Nos chers amis »

De quelle complaisance coupable, l’Occident n’a-t-il fait et ne fait-il pas preuve encore à l’endroit de l’Arabie Saoudite et du Qatar, généreux donateurs de la cause islamique (salafistes, wahhabites dans le cas de la  première, Frères musulmans pour le second; chaque « paroisse » ayant ses œuvres), y compris dans nos banlieues, et de la Turquie de M. Erdogan, plaque tournante de l’approvisionnement en armes et en hommes de l’Etat islamique et consorts. Mais il faut convenir à la décharge de nos politiques que ces pays sont particulièrement sourcilleux quant au respect des droits de l’homme! Si on décapite, fouette et lapide en Arabie saoudite, c’est dans le cadre légal d’un Etat siégeant à l’ONU; l’ambassadeur de Riyad auprès des Nations unies, Faisal Trad, préside  même depuis peu la commission consultative au sein du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, on ne pouvait rêver plus bel adoubement! Si en Turquie les prisons sont remplies de journalistes, c’est pour mieux préserver le droit de la presse…et si son aviation bombarde les Kurdes qui combattent vaillamment (admirables femmes guerrières aux côtés des hommes)  l’Etat islamique, c’est pour mieux éradiquer le Terrorisme! Mme Angela (le prénom lui sied à merveille)  Merkel, consciente des efforts louables accomplis par M. Erdogan, lui a promis de gros crédits et l’accélération des négociations pour l’admission de la Turquie au sein de l’Union Européenne. Le futur impétrant, ému de tant de sollicitude, a sans doute assuré qu’il allait colmater les brèches du barrage de retenue des candidats à l’exode vers l’UE…

Le règne des cyniques

Que font les « grandes consciences » des souffrances de tous ces peuples: irakiens, libyens, syriens, libanais, africains. J’ai souvenir de la réponse d’un cynisme effrayant d’une Madeleine Albright (12 mai 1996) devant laquelle un journaliste de la chaîne CBS évoquait les 500 000 enfants irakiens morts à cause de l’embargo imposé par les Etats-Unis et leurs alliés sous l’égide de l’ONU (1,5 million d’Irakiens dont 500 000 enfants de moins de cinq ans selon l’OMS): « Je pense que c’est un choix très dur, mais le prix [ à payer]- nous pensons que ça vaut la peine » ! A quel moment les peuples européens et américain cesseront-ils dans leur immense majorité de se laisser manipuler, tromper, tétaniser? A quel moment sortiront-ils de l’amnésie et de la léthargie?

Madeleine Albright, document vidéo

Le Nouvel « Age de Fer »

« L’Axe du Mal »

Nos peuples vont continuer de payer un lourd tribut pour ces fautes commises par leurs représentants politiques asservis au projet de « gouvernance » mondialiste d’une oligarchie que rien n’arrêtera dans sa course effrénée à la domination et au profit illimités et dont l’impérialisme américain n’est au bout du compte que le bras armé. Pour ces gouvernants, l’ennemi prioritaire n’est pas le djihadisme au sein duquel on aime créer des catégories fantasmatiques: extrémistes de l’Etat islamique, modérés d’Al Nosra (ex-Al Quaïda) dont notre ministre des affaires étrangères, M. Fabius, affirmait il n’y a guère, avec son habituelle puissance visionnaire, que « sur le terrain ils font du bon boulot » (28 janvier 2013) face à un Bachar El Assad, lequel selon une précédente déclaration du même « ne mériterait pas d’être sur la terre » (17 août 2012) . La France et les Etats-Unis ont fourni soutien logistique et armement aux « rebelles », on connaît la porosité de tous ces groupes et l’on n’ose même plus parler de l’ASL (Armée syrienne libre) qui n’a jamais pesé très lourd et dont la plupart des membres ont rejoint les rangs des groupes djihadistes avec armes et bagages. L’ennemi désigné c’est l’Iran et le Hezbollah chiites qui représentent, comme chaque tête bien faite le sait, une « grande menace pour Israël, mais aussi pour la paix du monde entier » , cela ne peut être que vrai puisque c’est M. Netanyahu qui le clamait une fois de plus (et cela depuis vingt ans, belle preuve de constance) devant le Congrès américain (3 mars 2015). Le 30 mai 2015, il remettait le couvert lors de la conférence de presse qui suivit sa rencontre avec le ministre allemand des Affaires étrangères, M. Steinmeier : « Aujourd’hui, l’Iran parraine le terrorisme à travers le monde, au Moyen-Orient et au-delà: en Asie, en Afrique, en Europe, en Amérique. L’Iran constitue une vaste infrastructure de la terreur. » . C’est aussi « l’infâme » Vladimir Poutine qui ne rêve que de recouvrer l’empire soviétique et qui par son nationalisme et son conservatisme « archaïques » doublés d’une complaisance pour « l’obscurantisme religieux orthodoxe » refuse tout « progrès sociétal » et trouve de ce fait des alliés naturels parmi les mollahs, au sein de « l’Axe du Mal » , cette nouvelle hydre dont les têtes repoussent aussitôt qu’on les coupe!

Quid de la « Mondialisation heureuse » ?

Alors, oui je pleure, parce que je suis français et que la France est meurtrie. Oui je pleure parce que ces jeunes gens ne riront plus comme on rit à la vie à leur âge et que j’ai peur pour tous les autres pour lesquels « la Mondialisation heureuse » prophétisée par M.  Alain Minc en 1997 (nous vivons au temps béni des nouveaux prophètes, brillants esprits comme M. Jacques Attali) ressemblera de plus en plus à un « Age de Fer » (le dernier d’un cycle qui a vu se succéder l’Age d’Or, l’Age d’Argent et l’Age d’Airain selon les descriptions d’  Hésiode et d’ Ovide)…

Beyrouth-sur-Seine ?

Mais je ne peux contenir ma colère contre tous ceux qui ont patiemment conduit la France sur la voie d’un nouveau Liban, ce pays du Cèdre cher au cœur de la France depuis Saint-Louis, où les Chrétiens survivent parce que leurs villages et leurs églises s’accrochent aux montagnes et qu’ils savent faire face à l’ennemi les armes à la main, hommes et femmes bravement. Je parle des Chrétiens du Liban parce que leur sort a toujours été précaire, comme celui de leurs coreligionnaires d’Egypte, d’Irak , de Syrie et de Turquie, comme celui d’autres minorités religieuses (Yézidis notamment) : la dhimmitude n’a jamais été un long fleuve tranquille malgré le mythe si prisé de nos « élites » d’un « âge d’or » de l’Espagne sous domination musulmane

Je pense aux musulmans de bonne volonté chiites, sunnites et d’autres obédiences, victimes eux-aussi de cet islamisme de conquête qui ne rêve que de califat et de charia pour le monde entier. Ce que les athées et les indifférents religieux de nos contrées déchristianisées ne parviennent pas à comprendre, c’est qu’aux yeux de ces hordes fanatisées de plus en plus nombreuses, ils demeurent des « roumis » , des « romains » (appellation donnée aux Byzantins de l’Empire d’Orient), des « Croisés » (les « Francs » ) , mécréants et infidèles. Ajoutons que si « les gens du Livre » (Chrétiens et Juifs principalement) ont le « choix » entre conversion ou dhimmitude (ce qui n’exclut pas massacre, esclavage ou pillage), les athées et les animistes ont eux le « choix » entre la conversion ou la mort.

Trêve de paroles, les Français attendent des actes

L’insupportable théâtre de la compassion

« Nuit de terreur » , « la France sous le choc » , « Horreur et émotion dans le monde (quel monde?) »; moulinets d’épithètes compassionnelles et d’indignations stéréotypées comme à l’accoutumée « nous condamnons avec la plus grande fermeté ces crimes affreux, odieux, lâches, abjects... » . Nous aurons droit inévitablement aux ballets des « people«  larmoyant des  « plus jamais ça! » et des éminences religieuses de tous bords proclamant avec componction leurs messages « d’amour, de paix et de tolérance » à la face du monde; on allumera des centaines de bougies et on déposera force couronnes et gerbes selon un cérémonial bien rodé: rendez-vous sera pris pour le prochain attentat, c’est tout juste si on ne poussera pas le grotesque jusqu’à afficher « Je suis Bataclan » sur des pancartes et des produits dérivés (1) La B.A. accomplie, chacun retrouvera les délices de l’individualisme jouisseur et consumériste…

Vraies résolutions ou vœux pieux ?

Un président Hollande sous le choc, la voix tremblotante, s’adresse immédiatement aux Français; on perçoit nettement le désarroi, la panique même. Pour une fois, il parle vrai, un abîme s’est ouvert devant ses pieds, les conseillers en com’ ont été pris de court, ils se reprendront plus tard…Viendront alors les « paroles fortes » : « Nous allons mener le combat. Il sera impitoyable » . L’ancien président Sarkozy, le tombeur de Kadhafi, ne sera pas en reste: « La guerre que nous devons livrer doit être totale…Notre politique extérieure doit intégrer le fait que nous sommes en guerre. Notre politique de sécurité intérieure aussi. » . Viendront ensuite les « analyses » des journalistes, des « experts » ; on parlera le plus possible de « Terrorisme » dans l’absolu, de « kamikazes » (le terme fait injure aux héroïques pilotes japonais, lesquels jetaient leurs avions sur les bâtiments de guerre américains, pas sur des foules de civils), voire de « déséquilibrés » en évitant de nommer l’ennemi par crainte des « amalgames » ; on « fera la guerre au Terrorisme » , point-barre…On réquisitionnera l’armée pour rassurer la population, état d’urgence oblige; cette même armée qui pourrait tenir dans le stade de France à force de coupes budgétaires successives, de dissolution de régiments, tous gouvernements confondus; cette armée traditionnellement mal aimée de la gauche « pacifiste » , cette armée que  la droite libérale remplacerait volontiers en partie par des « prestataires de service » , modèle « Blackwater » [ eau noire] (agence américaine de mercenaires tellement discréditée qu’elle a préféré changer de nom pour celui plus neutre d’Academi ) …

La gifle du Réel !

Nos gouvernants doivent savoir que mener la guerre contre le terrorisme islamique suppose qu’on se préoccupe d’abord de son terreau: combattre le prosélytisme dans les prisons, mais aussi exercer une réelle vigilance vis-à-vis des nombreuses associations culturelles qui sont de fait des associations cultuelles au sein desquelles circulent les prêcheurs des courants les plus fondamentalistesPour éviter à juste titre les amalgames, il conviendrait de séparer le bon grain de l’ivraie et d’agir en conséquence, quitte à peiner nos « chers amis » du Golfe. Il n’est pas question ici de dresser un programme; ce devrait être l’œuvre des politiques si prolixes en paroles mais si timorés en actes. Les semaines qui viennent nous diront si la tragédie qui endeuille le pays provoquera le redressement salutaire ou si nous retomberons dans les ornières du passé. Quoi qu’il en soit,  il est urgent que le peuple se souvienne qu’il est dit « souverain » par les textes fondateurs de la République; je veux bien que ce peuple soit républicain, si c’est son choix, dans ce cas qu’il prenne réellement sa destinée en main au lieu de donner un blanc-seing à des représentants en déposant un bulletin dans l’urne, vaquant ensuite à ses occupations habituelles. Le monde a changé, il devient de plus en plus dangereux; ces terribles  événements, à quinze jours de la grand messe de la COP-21,  nous rappellent que certaines menaces sont d’un ordre plus urgent que la promulgation d’un nouveau dogme en matière de changements climatiques.

(1) Je caricaturais à peine puisqu’on voit déjà fleurir des « Je suis Paris » et un logo « peace and love » avec la tour Eiffel inscrite dans le cercle. On a même vu un petit rassemblement place de la République communiant au pied d’une banderole qui proclamait « Même pas peur » , expression emblématique d’une régression infantile, alors que l’éclatement d’un simple pétard aurait semé une panique immédiate parmi ces bobos autoproclamés nouveaux Bayards: les « citoyens- Titeuf« , phénomène confirmé par le succès sur les réseaux sociaux de « l’œuvre » d’un chanteur allemand du genre « Bisounours« : sont-ce là les ultimes ressources que la « civilisation » européenne compte opposer au déchaînement d’une « virilité » hystérisée par les islamistes? Souvenons-nous des pacifistes de la fin des années trente qui clamaient  » Nous préférons vivre couchés que mourir debout » ou des pacifistes allemands qui face à la menace soviétique lançaient: « Mieux vaut être rouge que mort« . Imaginez-vous un instant les trois cents Spartiates de Léonidas brandissant une banderole « Même pas peur » à la face de la puissante armée de Xerxès… (note ajoutée le 18 novembre)

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