Années 60-70: mon « paradis perdu »- Episode 2

Mon paradis perdu

De la chanson « rive gauche » à Woodstock

La mer belle, houleuse parfois, de la chanson française (Barbara, Georges Brassens, Jacques Brel, Jean Ferrat, Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Georges Moustaki…excusez du peu) d’une part ( la « génération yéyé » me laissa dans l’ensemble indifférent, hormis Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Eddy Mitchell), la Grande Vague  anglo- saxonne (celle qui ne survient qu’une fois par siècle sur des littoraux lointains), d’autre part.

Georges Moustaki -« Le Métèque » (1969)

Jacques Dutronc « Il est cinq heures,Paris s’éveille » (1968)

Sur fond de « guerre froide » et de guerre du Viet- Nam, la marée humaine de Woodstock en août 1969 rêve de changer le monde: « Peace and Love« , slogan de la génération hippie du « flower power » qui prône le pacifisme, l’amour libre, l’usage des drogues pour « planer » ou franchir « les portes de la perception » (3)( les « chemins de Katmandou » croiseront ceux du « chamanisme » indien), le rejet de la « société de consommation » . Immense communion, même lorsque s’abattront des trombes d’eau, autour d’un plateau exceptionnel: Janis Joplin, Jimi Hendrix, Richie Havens,  Arlo Guthrie, Joan Baez, Ravi Shankar, Melanie, The Who, Joe Cocker, Jefferson Airplane

Melanie- « Lay down (Candles in the rain) » 1970-Les bougies sont celles allumées sous la pluie par les spectateurs du festival de Woodstock lors du concert de la chanteuse le 16 août 1969.

Janis Joplin « Summertime » (1969)

Jefferson Airplane « Somebody to love » (1967)

Le concept fut naturellement recyclé par le « Capital »- « Woodstock II » en 1994- en une « grosse machine à fric ». Ce fut aussi le destin de cette génération: le rêve fut immolé sur l’autel de Wall- Street; le « pop art » révolutionnaire, dont Andy Warhol fut la figure majeure, rejoindra le marché spéculatif de « l’art contemporain ». Toujours la même histoire…

Le magazine « Rock & Folk«  fondé en 1966 par Philippe koechlin (chroniques remarquables de Philippe Paringaux) reflétait ces mouvances musicales (« Rolling Stones« , « Led Zeppelin« , « Jefferson Airplane« , « The Doors« , « Pink Floyd«  »The Byrds« , Julie Driscoll et Brian Auger, John Mayall, Bob Dylan…) mais n’oubliait pas la chanson française de qualité: on se souvient de l’entretien réunissant le 6 juin 1969 le trio mythique Brassens, Brel et Ferré.

Pink Floyd « Money » (1973)

(3) « Les portes de la perception« , ouvrage d’Aldous Huxley qui, en 1954, expérimenta sous contrôle médical les effets de la mescaline, drogue hallucinogène tirée d’un cactus, le peyotl.

Bonheurs radiophoniques

J’ai échappé à la télévision durant toute ma jeunesse; le coût des appareils était encore élevé, mais ce n’était pas la raison principale: dans mon enfance un imposant poste de radio à lampes trônait dans la salle à manger de mes grands- parents, mais ce n’était pas l’idole télé qui monopolise les regards dans un culte silencieux; nous écoutions la radio le regard libre d’aller de l’un à l’autre en échangeant quelques commentaires, le poste  de TSF était plutôt un invité discret. Plus tard, chez mes parents, un petit « transistor » rouge dont il fallait orienter l’antenne télescopique devint mon compagnon du soir: l’audition n’est pas parasitée par la succession rapide d’images, les voix prennent un relief saisissant dans l’intimité du soir. Ainsi j’ai pu sans difficulté par la suite maintenir des rapports distants avec la télévision, de plus en plus au fil des années.

Je n’écoutais que mes émissions préférées:

programmes sur France Inter

« Le masque et la plume » dont je ne ratais aucun des rendez- vous du temps où flamboyait Jean- Louis Bory,  auquel son aîné Georges Charensol donnait la réplique . Le contraste était vif entre les deux duettistes- duellistes: le ton, le style, les générations, les ancrages politiques, les points de vue. Pour exemple, un échange savoureux au sujet du film de Nagisa Oshima « L’Empire des sens » (1976); l’avis de G. Charensol suivi de la réponse de J-L Bory:

« Radioscopie » Jacques Chancel s’entretenait avec des personnalités diverses: acteurs, écrivains, chanteurs, cinéastes, artistes, personnalités politiques. Lien pour écouter un extrait de « radioscopie » avec l’écrivain argentin J-L Borges (archives INA):

http://www.ina.fr/audio/PHD99229044

« Les maîtres du mystères » de Pierre Billard et Germaine Beaumont proposaient des adaptations de qualité quant au choix des auteurs (Fred Kassak, Louis C. Thomas, Exbrayat, Boileau- Narcejac…) et des acteurs (Rosy Varte, Arlette Thomas, Jacques Morel, Jacques Dufilho…). La musique du générique « Tempo di suspense » signée André Popp martelait dans le crépuscule le pas lourd des secondes avant l’heure du crime,  faisant courir un délicieux frisson:

http://www.ina.fr/audio/PHD99206679

« Les aventures d’Arsène Lupin » avec Michel Roux dans le rôle du gentleman- cambrioleur. L’adaptation radiophonique faisait écho à ma lecture des huit volumes dans la jolie collection Hachette/ Gallimard empruntés successivement à la bibliothèque municipale.

paradis perdu

 Arsène Lupin– « L’Aiguille creuse« – 1er épisode (17/12/1960)- Archives INA

http://www.ina.fr/audio/PHD88001672

Sur Europe 1 au printemps 68Michel Lancelot anime l’émission « Campus« , il s’entretient avec Brassens et Ferré, parle des écrivains et des poètes de la « beat generation » entre New- York et San Francisco (Jack Kerouac, Allen Ginsberg, William Burroughs…), du mouvement « hippie » , des festivals de « Woodstock » et de « l’île de Wight »,  des « Black Panthers« , de Martin Luther King et de Gandhi, de l’actualité politique (la guerre du Viet- Nam, le « Printemps de Prague« , « mai 68 » en direct); une place de choix est accordée à la chanson française et aux courants musicaux anglo- saxons. Des millions de jeunes étaient collés au « transistor« …Personne n’a pris la relève. Tu nous a quittés Michel et ma jeunesse a pris ses « quartiers d’hiver« , mais le souvenir des anciens bonheurs demeure comme une braise bienfaisante.

http://www.ina.fr/audio/PHD99224176  -« Radioscopie » 18/10/74- Jacques Chancel reçoit Michel Lancelot.

indicatif de « Campus« – « Take One » des « Golden Pot »

Autre indicatif de « Campus »- Brian Auger et Julie Driscoll

Le film de Dennis Hopper « Easy rider » (1969) est un « road movie » qui témoigne du décalage entre la « génération hippie » et l’Amérique profonde.

Bande- annonce « Easy rider »

Le magazine « Actuel«  des grandes années Jean-François Bizot  (Patrick Rambaud et Marie- Antoine Burnier) parlait de la culture « underground » illustrée par les planches de Robert Crumb (« Fritz the cat« , « Mr Natural« ), de « free- jazz« , de « pop music » et abordait les thèmes véhiculés par le mouvement précurseur « hippie » des campus américains qui vont se répandre parmi la jeunesse européenne (Angleterre, RFA, Italie, France) vers le milieu des années 60: (la drogue, la « libération sexuelle », la contestation sociale, économique et politique) créant une rupture générationnelle sans précédent depuis la « vague romantique » de la fin du XVIIIème siècle et de la première moitié du XIXème.

paradis perdu

4 réflexions au sujet de « Années 60-70: mon « paradis perdu »- Episode 2 »

  1. Article fort sympathique, une lecture agréable. Ce blog est vraiment pas mal, et les sujets présents plutôt bons dans l’ensemble, bravo ! Virginie Brossard LETUDIANT.FR

  2. Merci, je suis heureux que cela puisse intéresser une jeune visiteuse, signe que le « fossé générationnel » n’est pas aussi profond qu’on nous le serine. A bientôt sur le site, j’ai d’autres articles en préparation pour juillet.

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